Alors que la rizière où ils travaillaient dans le sud de la France est fermée par ses actionnaires, Manuel et Eva multiplient les boulots précaires et ont du mal à nourrir leurs trois enfants. Finalement, Eva trouve un emploi en CDI comme aide-soignante dans une clinique pour enfants d’une contrée peu accueillante du Nord de la France. Devant tant de stabilité, pas d’hésitation, la famille s’installe et Manuel trouve des boulots précaires à l’usine. Eva nettoie les corps, les effets et les chambres des enfants mourants dont elle s’occupe. Tout au bas de l’échelle, elle souffre de son ignorance, dans son combat quotidien avec la mort, et du mépris de certains de ses collègues.

Parmi ses patients, il y a un tétraplégique solaire et irrésistible au nom d’archange : Gabriel. Eva tombe sous le charme et multiplie les heures supplémentaires pour le croiser entre deux ascenseurs. Petit à petit, fondant comme neige au soleil, et tentant de vivre cet amour impossible, elle délaisse les siens pour se laisser happer par la terrible atmosphère de la clinique que sa famille ne désigne plus que par le nom « Là Bas ».

Terriblement désabusé sur les rouages du pouvoir et l’exposition de certains humains à la merci d’individus cyniques et puissants, « Décharges » dresse un portrait apocalyptique d’une institution soignant des gens jeunes handicapés, mutilés, et abîmés, à l’intérieur comme à l’extérieur, et placés aux confins de la mort. Intolérable et sans pitié à l’égard de l’héroïne suivant passivement le tumulte de sa clinique, la narration n’en est pas moins poignante et tristement, terriblement belle.

Plume de génie qui sait saisir les moments des basculements et ceux des crêtes fragiles, Virginie Lou-Nony dégage une harmonie irrésistible et poétique de toutes ses décharges d’amertume. Elle parvient à transformer la boue en or, juste par le style, sans jamais flatter notre petite corde sensible de midinette. Elle donne ainsi raison à son personnage secondaire et touchant de professeur de musique, pour qui la beauté et l’amour ouvrent les voies de la pulsion de vie. (Yael)  > Le site de toutelaculture.com

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