Les romans

Décharges couverture

Décharges, Actes Sud, 2011, 208 pages

Victimes de délocalisations successives, Eva et Manuel ont fait front avec vaillance. Ils ont d’abord lutté pour garder en vie leur usine puis, vaincus, ont vendu leur maison, quitté le Sud avec leurs trois enfants pour s’installer au nord, dans un cul-de-sac noyé de pluie. Eva, reconvertie en aide-soignante, travaille dans un centre de rééducation fonctionnelle réservé à de jeunes patients. C’est là qu’elle rencontre Gabriel. Tétraplégique. Une beauté d’archange. Postée au bord de son fauteuil comme au bord de l’abîme, loin d’un réel où elle tenait “KO debout” plus qu’elle ne vivait, Eva croit entrer dans la lumière et échapper à la cruauté du monde quand celui-ci est précisément en train de refermer sur elle son piège.

Dans cette bouleversante élégie aux “immigrés de l’intérieur”, invisibles aux yeux d’une société uniquement soucieuse de performances et de résultats explicites, Virginie Lou-Nony fait entendre l’assourdissant silence où naufragent les rêves de ceux qui osent encore en faire, et questionne le mythe contemporain de la “puissance”. >> Dossier de presse et interviews

 

Allegro furioso

Allegro furioso, Joëlle Losfeld, 2007, 105 pages

Une mère seule et son fils : étrange couple, passionnel, fusionnel, dont la séparation est pourtant programmée : dans une semaine, Arno va partir au Canada pour étudier le violon.  Après vingt ans d'intimité au quotidien, cette rupture la fait terriblement souffrir. Elle fait tout pour cacher sa douleur.
Mais Arno connaît bien sa mère, il l'entoure de toute sa tendresse et l'entraîne dans une petite folie : une virée express à Rome, la ville qu'ils aiment tant. Dix heures de route pour boire un capuccino à Trastevere ! Mais la ville éternelle accueille un sommet des dirigeants de l'Empire et les opposants défilent par centaines de milliers. Même scénario qu'à Gênes, en 2001, lors du G8 : les forces de l'ordre sèment le désordre. Aurélie reçoit un coup de matraque. Lorsqu'elle reprend conscience dans la rue déserte et dévastée, Arno a disparu...

 

De la vie et autres chienneries

De la vie et autres chienneries, Joëlle Losfeld, 2005, 180 pages

La romancière réinvente à plaisir le roman philosophique, fait un clin d'oeil au sieur Diderot, à cette littérature du XVIIIe siècle libre et aventureuse qu'elle chérit, et met en scène une narratrice pince-sans-rire, témoin arrogant de petites barbaries quotidiennes. Elle nous fait rencontrer des gens, un peu humanitaires, un peu touristes, du côté du Chiapas ; une femme de théâtre tyrannique ; une vieille dame méchante et une ribambelle d'hommes, de femmes, désarmés, fragiles, dans un monde de lâcheté et d'individualisme forcené. Virginie Lou a l'art du dialogue inconvenant. Ses personnages clament haut et fort ce qu'il est bien de taire, du genre : on n'égratigne pas les bons sentiments, on cache ses misères et ses colères, et, en politique, on est plutôt à gauche, même si cette gauche-là a perdu le nord... Ne pas se fier au titre : De la vie et autres chienneries se moque du désespoir. C'est un fortifiant.Martine Laval (Telerama)

 

Guerres froides

Guerres froides, Actes Sud, 2004, 184 pages

Descendante d’une lignée de tanneurs, Louise Tulaine découvre, derrière une double cloison de la demeure familiale, une peau humaine tannée. Dans un réflexe de clan, elle fait disparaître la preuve irréfutable du crime commis par son grand-père. C’est torturée par la culpabilité qu’elle guette et espère alors le retour de son amour, Victor, fils probable de la victime, tandis que les voix des siens, tonitruantes ou insidieuses, poétiques ou triviales, tissent le récit dans sa profondeur historique, sur trois générations de Tulaine, et dessinent le portrait d’une humanité fatalement enfermée dans une époque, aveuglée par des dogmes dérisoires, tenue en laisse par ses ancêtres.

"Un réquisitoire contre la barbarie des utopies humaines . Opéra pour soliste, c'est à La Voix humaine, de Cocteau et Poulenc, que fait songer Guerres froides, le nouveau livre de Virginie Lou. Aussi radical que son somptueux et méconnu « vitrail », L'œil du barbare (Actes Sud, 2002), ce roman classique - un crime ancien révélé par la découverte, dans une double cloison de la tannerie familiale, d'une peau humaine qui s'avère être celle du père de l'ami de Louise, petite-fille de l'assassin présumé - a des allures de drame antique." Philippe-Jean Catinchi (Le Monde)

 

L'œil du barbare

L'Œil du barbare, Actes Sud, 2002, 128 pages

Le rapport mère-fils s’inscrit dans un théâtre de violence, qui se place dans un temps irréel, un temps obscur, ténébreux, peuplé de brigands, d’écuyers, de rudes marins éprouvés au combat, de gueux en guenilles, animé par des batailles sanglantes, terrassé par la peste. Ce n’est qu’un théâtre. L’essentiel est ailleurs : face au corps mort de la mère. Sur elle, le fils vient vomir le récit aigre de sa vie. La dépouille maternelle, maintenant captive, est l’occasion d’un long soliloque, d’une oraison féroce. Immobile dans son catafalque, elle va subir la violence vertigineuse qu’elle-même a enfantée, en capitaine de vaisseau, guerrière insatiable, sorcière des mers, cruelle, tyrannique, “inévitable figure de la mort”.
L’originalité de L’œil du barbare réside dans ce récit épique, déroulé sur des accents raciniens, puisant dans plusieurs registres lexicaux, faisant voltiger phrases et sentences, poussant la prose d’alexandrins en alexandrins, de tableaux en tableaux. Jean-Claude Renard (Politis)

 

 

Œil POUR œil

Œil pour œil, nouvelles, La Musardine, 1998, Pocket 1999, 118 pages

La méchanceté, la laideur, l'extravagance, le burlesque, le sordide, le surréalisme même sont les moindres caractères de ces nouvelles grinçantes qui mènent toutes plus ou moins à l'érotisme. Elles seraient à la limite du supportable si ne les traversait un humour dévastateur, le rire, beaucoup de pitié et souvent une franche cocasserie.

Les hommes n'ont jamais le beau rôle dans ce jeu de massacre. Ogres, ils pervertissent les fillettes consentantes; mâles exotiques, ils dévastent les rituels bourgeois; riches et puissants, ils poussent les femelles éperdues à la folie ou à la mort.




 

Eloge de la lumièreEloge de la lumière au temps des dinosaures, Actes Sud, 1997, Coll. Babel 2001,
175 pages, Prix du Premier Roman,

A quarante ans passés, Solange s'emploie à maintenir en elle d'anciennes ferveurs humanistes comme pour protéger à son insu le sommeil où sa vie et son couple sont en train de sombrer. Un soir, un jeune violeur de la « cité derrière » la réveille du songe où elle se tenait, la projetant dans le cauchemar de sa presque mort lors d'une nuit interminable, dont chacun, autour d'elle, va bientôt s'employer à occulter la barbarie.

Dans ce roman d'une force peu commune servi par une écriture parfaitement maîtrisée, Virginie Lou nomme le naufrage de notre fin de siècle et met des mots sur l'inhumanité – celle qui se développe chez les laissés-pour-compte et celle, immémoriale, dont sont capables les plus civilisés d'entre nous.