Repères biographiques

Elle est née à Poitiers de parents instituteurs communistes, en 1954, année-charnière entre la fin de la guerre d'Indochine et le début du conflit algérien. Elle se retrouve à l'école primaire à l'âge 3 ans, au fond de la classe de sa mère, et apprend à lire toute seule. Elle prend du même coup la mauvaise habitude qui fera d'elle une mauvaise élève : elle lit au fond de la classe au lieu d'écouter la maîtresse et conteste déjà, en actes, un système scolaire qui ne verra jamais grâce à ses yeux. Mais en terminale, elle prend son envol sous l'impulsion du professeur de philo. Khagne, hypokhagne, licence de philo, licence de lettres, CAPES. Elle fait tout pour rater le concours mais rate le ratage. La voilà prof.

Prof malgré elle

Son premier poste est atypique, un « centre de rééducation fonctionnelle », dénomination neutre qui cache une « cour des miracles » : des jeunes de 6 à 20 ans, polios, cancéreux, myopathes, traumatisés crâniens, para et tétraplégiques, psychotiques. Situation éprouvante pour une jeune femme de vingt-quatre ans mais qui la porte à penser une autre forme d'enseignement. Elle ne sera pas la prof qu'on attendait d'elle et qu'elle rejetait. Elle se tourne vers les ateliers d'écriture.

Affectée dans un lycée ordinaire après cinq années de pratiques pédagogiques innovantes, elle ne pouvait pas tenir bien longtemps. Elle démissionne pour se consacrer aux ateliers d'écriture qu'elle anime dans les banlieues, dans les prisons, partout où, comme elle dit, « des gens souffrent en silence et du silence », auprès de « ceux qui n'ont pas de mots pour dire et que de toute façon les pouvoirs n'entendraient pas ». En 1985, avec son mari, Alain André, elle crée l'Aleph, aujourd'hui référence majeure en matière d'ateliers de création littéraire.

« Dépucelage politique »

Après un double divorce, d'avec l'Aleph et son mari, et tout en continuant à animer des ateliers dans les banlieues considérées comme des ghettos, elle devient « négresse » pour des éditeurs commerciaux. Comme elle écrit vite, c'est un bon gagne-pain qui lui permet de donner un peu de confort à son fils Hugo. Cette activité de bas étage va lui être profitable à un autre titre. Prêtant sa plume à des VIP souvent proches du pouvoir, entrant dans leur intimité, elle mesure l'abîme entre le monde des pauvres et la forteresse des dirigeants, entre ceux qui crèvent en silence et ceux vers qui se tendent les micros, dans une société prétendue démocratique et égalitaire. C'est pour elle un vrai « dépucelage politique » – la formule est d'elle.

Virginie Lou et Danielle MitterrandSon premier roman, Eloge de la lumière au temps des dinosaures, date de cette époque. Elle ne reçoit pas sans émotion le Prix du Premier Roman de la ville de Chambéry, qui lui est remis aux Charmettes, dans la maison de Jean-Jacques Rousseau, car elle vient d'apprendre qu'elle est une descendante de l'auteur du Contrat social !

Décidément, la « négritude » aura compté dans sa vie, puisqu'elle lui fait rencontrer une femme de grande conviction, inlassable combattante pour les droits de l'homme que bafoue la société néo-libérale : Danielle Mitterrand. Elles deviennent amies, complices et plus encore. Virginie écrit ses discours et ses conférences, devient responsable de la revue éditée par la Fondation France-Libertés. Elles sont ensemble au Chiapas, à l'appel du sous-commandant Marcos.

Ecrire et faire écrire

Invitée à la célébration des vingt ans d'Actes Sud, elle découvre Arles. Elle s'y installe en 1999 pour une nouvelle vie, s'y remariant avec Joseph Périgot, son premier éditeur dix ans plus tôt pour Je ne suis pas un singe, Prix Polar Jeunes au Festival de Grenoble. Elle rebâtit, non sans mal, loin de Paris, ses ateliers d'écriture. Elle renoue avec la banlieue dans les Quartiers Nord de Marseille et initie à l'écriture créative les étudiants de l'université de Nîmes. Peu à peu, elle ouvre sa maison et le jardin méditerranéen qu'elle a créé avec passion aux participants des ateliers. On y mange, on y dort, on y écrit pendant toute une semaine, une "formule" préfigurant la Maison de l'Écriture en projet. Faut-il préciser que tout cela ne l'empêche pas d'écrire ?